Billet aux vieux cons nantis de ma génération qu’on nomme les papy-boomers

En commentaire de l’article ci-après qui pose de très bonnes questions sur notre société, je lis :

Beaucoup de jeunes, bien formés et maîtrisant parfaitement les nouvelles technologies on bien compris, et le disent, qu’ils n’ont rien à attendre du monde de leurs ainés. Ils savent que la société qui leur est proposée est issue du choix des “papy boomers”, qui ne veulent surtout pas que ça change. …/…

J’ajoute d’ailleurs que ces jeunes se gênent de moins en moins pour pointer du doigt leurs aînés et leur égoïsme. L’affection qu’ils ont pour leurs parents les retient encore d’être injurieux mais cela vient. Ils nous reprochent de leur laisser un monde “pourri” après s’être bien servis.

Ce n’est pas la première fois que je vois ce type de remarque, à laquelle j’adhère bien qu’étant moi-même membre de cette communauté que l’on appelle les « papy-boomers ». Ce coup de gueule n’engage bien sûr que moi et certain le trouveront très subjectif et incomplet et ils auront raison car c’est ce qu’il est.  Mais peut-être en titillera-t-il d’autres. Après tout, entre vieux, on peut se dire les choses.

( NB : Lorsque je titre « nantis » dans le titre ce mot est utilisé en opposition à pauvres, démunis,.  Il comprend toute cette classe moyenne dont l’éventail se déploie du retraité petit bourgeois qui a cravaché pour se créer sa pelote, jusqu’aux fonctionnaires, commerçants professions libérales qui jouissent d’une pension confortable sinon prospère. On peut être un nanti sans être pour autant très riche)

Soyons lucides : Nous sommes nombreux, et beaucoup d’entre nous, après avoir profité de la dynamique de l’économie de reconstruction d’après-guerre ont rassi, se sont replié sur leurs acquis comme un Harpagon sur sa cassette et font tout ce qu’ils peuvent dans les urnes pour que surtout rien ne change. Figés par l’égoïsme auquel conduit le bien-être et  la fameuse « peur de manquer des vieux », nombreux d’entre nous qui furent les enfants de 68 refusent d’accepter les nécessaires mutations de la société et rétro-pédalent de toutes leur forces pour que surtout rien ne change en profondeur.

Une partie de notre génération de gavés a muté en ce qui serait le croisement monstrueux d’un poisson rouge et d’une autruche. Elle oublie à quel point elle a laissé faire et s’installer toutes les dérives que leurs enfants payent actuellement, et met la tête dans le sable en se disant que tout peu redevenir comme avant. Quelle erreur !

C’est comme ça qu’un premier ministre totalement rétrograde et honni pendant ses cinq années de gouvernement fait le meilleurs score dans une primaire conservatrice et que l’ ancien ministre des Finances agent des Rotschild qui collabore avec le patronat et ne rêve que de servir la loi du plus fort caracole dans les sondages. Lui était si peu ce qu’il prétendait être, qu’il a été obligé de l’avouer cyniquement. Ça aurait dû provoquer son lynchage : menteur et arriviste il devait être définitivement laissé sur le bord des chemins du pouvoir. Et bien, pas du tout.  Sa recette qui consiste à retailler un vieux costume en utilisant le même tissu fonctionne au contraire très bien. L’entourloupe se voit comme le nez au milieu de la figure, mais la France dort… Et nous les anciens qui avons vu passer tant de gouvernements et entendu tant de mensonges laissons ces magiciens de pacotille sortir leur lapin mité du chapeau sans réagir. Pire, une partie d’entre-nous les soutient ! Et ces deux là ne sont que deux exemples frappants d’une classe politique majoritairement dévoyée.

Merde, mais réveillez-vous !!!

Je vous rappelle les vieux, que :

Nous avons assisté à la construction de l’Europe. On nous a enfumé à propos du « pourquoi » : Paix, prospérité, solidarité et bla bla bla. La France sortait de la guerre : Comment ne pas adhérer à un tel projet ?

Par contre, qui s’est préoccupé du « comment » ? Qui a vu l’aspect non démocratique de ces dirigeants non-élus complices des lobbies, dont les ordres, sous le terme hypocrite de « recommandations », dominent et imposent leurs diktat aux pouvoirs nationaux (qui à vrai dire ne leur résistent guère) ? Combien refusent encore de le voir ?

Pompidou le banquier a donné les clefs de la souveraineté économique de la France à la BCE. Avons-nous analysé les conséquences ou avons-nous écouté ceux qui déjà tiraient la sonnette d’alarme ? Non, globalement nous avons trouvé ça très bien.

Et la dérive libérale des années Mitterrand, pour arriver à des Sapin Macron totalement décomplexés qui mettent en place (sous le prétexte vaseux du système-piège d’une dette en papier hygiénique) la destruction des soutiens aux classes ouvrageuses de la société, Qui s’y est intéressé ? Qui d’entre nous a fait l’effort de comprendre et d’ intégrer ce que ça signifiait  à part  la frange habituelle des politisés ? C’est vrai, nous avons fini par virer Jospin. Mais c’était de toute façon bien trop tard. La collusion néo-libérale gauche/droite était déjà en place depuis bien longtemps : Elle a commencé dès Pompidou, tapie et masquée au début puis de plus en plus claire avec le temps pour arriver à une quasi complicité ouverte aujourd’hui. 

Vous voulez que je vous dise crûment les choses ? On nous l’a mis profond et avec notre consentement silencieux.  Les tenants de ce néo- libéralisme qui est entrain de nous ruiner et de tuer la planète nous ont promené comme ils l’ont voulu. Aucune des quelques fois où nous avons ouvert un oeil ne les a fait reculer. Ils ont suivi leur plan sous des étiquettes trompeusement différentes, en nous baratinant par devant avec fausses promesses et manœuvres dilatoires tout  en nous empapaoutant par derrière. Et le pire, c’est que pour une bonne partie d’entre vous, ça ne vous a même pas fait mal au cul. Vous en redemandez.

Regardez ce résultat qui, paradoxalement, je le sais, vous fait tout de même peur : Est-ce comme ça que vous imaginiez la société pour vos petits ?

Notre génération qui a profité de l’embellie économique d’après-guerre et son ruissellement jusqu’aux couches des humbles s’est concentrée sur sa réussite : la classe moyenne était prospère, à l’époque :  un OS nourrissait une famille de trois enfants avec sa femme au foyer.

Pourquoi s’en faire, hein ? Nous avons été noyés sous des mensonges et des illusions dont nous ne relevions pas les dangers, trop occupés à naître à cette société superficielle et matérialiste qui venait, avons-nous cru, panser les profondes plaies de la guerre.

Nous fûmes une génération d’hypnotisés  qui vit arriver fascinée et  enthousiaste la télé, la mondialisation, le progrès technologique, et s’installer toutes les dérives économiques, environnementales, sociales que nous vivons maintenant.

La géo-politique, je n’en parle même pas. Nous qui avons connu les américains sauveurs sur le sol français, la naissance et l’arrivée en Europe du consumérisme avec les fers de lance populaires d’une société américaine triomphante : Hollywood, le rock, les mac-do, le coca, et j’en passe, avons gardé au fond de nous un sorte d’affection pour le « rêve américain » tandis que nous étions bombardés de propagande anti-russe et anti-chinoise pendant des décennies…. Nous avons mis des fleurs dans les cheveux, chanté le Peace and Love parce que c’était la mode, mais en même temps : America America… Nous n’avons pas pigé que les deux étaient incompatibles.   Alors, l’OTAN, c’est bien, point.

Et puis, il y a eu la crise. Celle de 73 que l’on appelle le « choc pétrolier » a été absorbée sans trop de dégâts, mais ce fut la première fissure dans les murs du paradis libéro-consumériste. La machine s’est grippée, le chômage a commencé à montrer le bout de son nez. Celle de 2008, maladie économique provoquée par ceux-là mêmes qui prétendent maintenant avoir les potions miracles a installé l’austérité, mais ce furent les petites gens dont vous ne faites (pas encore) partie qui furent et sont surtout touchés.

Le ventre plein, nous  continuons la sieste et composons cette majorité de crétins qui voient les restrictions atteindre leur assiette et ne pigent pas que ce sont les cuisiniers qui font le menu et que c’est eux qu’il faut changer et foutre dehors. 

Ne voyez vous pas, les vieux, que ce que vous possédez n’est nullement à l’abri  des prédateurs de la finance ? Que les taxes pleuvent sur vous ? Que vos plans d’épargne sont en danger ? Que  vos actions s’effondreront  et que vos économies seront aspirées pour replâtrer ce système en faillite ? N’avez-vous pas compris que vos retraites sont en danger ? Que vous n’avez aucun intérêt à naviguer sur un navire qui prend l’eau ?

Ne voyez-vous pas qu’on vous balade ??

Hello ! la sieste est finie ! On ouvre les yeux !

Ne croyez pas que je m’isole de ce constat. Je ne parle que de moi-même et de ceux que je connais. Mon tempérament naturel ne me porte pas à bêler avec le troupeau, et si j’ai fermé longtemps les yeux, embarquée dans une vie plus proche d’un coup de frais en mer que du long fleuve tranquille, l’apaisement est finalement venu et je me suis tournée à nouveau vers l’ensemble du monde. Et ce que j’ai vu ne m’a pas plu du tout.  Je peux donc me permettre ce coup de gueule car j’ai laissé faire, moi aussi avec d’excellentes raisons, comme presque tous, mais l’insupportable est atteint.  Vous voir, vous mes comparses, vous arque-bouter égoïstement  et aveuglement sur  des mécanismes révolus qui deviennent suicidaires  et atteignent les enfants que nous avons mis au monde est pour moi profondément navrant.

Le seul avenir possible en période de crise est commun. Une charrette tirée à hue et à dia n’avance pas ou verse dans le fossé. Il est temps faire le tri et de jeter dans le fleuve de l’oubli nos vieux schémas tellement périmés qu’ils empoisonnent la planète toute entière. Il est grand temps de combler ce fameux fossé des générations que l’on entretient dans les discours pour maintenir une division qui convient si bien au pouvoir.

Nous, nous arrivons au bout. L’avenir appartient maintenant à la jeunesse. Écoutons-la, parlons-lui de nos erreurs, soyons solidaires pour l’aider à transformer cette société qui pèse sur eux comme elle n’a jamais pesé sur nous, soutenons nos enfants et ne préjugeons pas de leurs projets comme je l’entends faire si souvent.

Nous avons maintenant autour de 70 ans. Notre plasticité cérébrale s’est déjà un peu figée et nous sommes trop lourds de nos propres chemins pour imaginer le nouveau avec innocence.

Nos gamins eux, le peuvent. Aidons-les, même si nous ne comprenons pas bien leur raisonnement. Accordons-leur la confiance de l’amour et surtout ne leur mettons pas les bâtons dans les roues lorsqu’ils expriment un désir de changer cette société qui ne leur propose aucune autre joie, et au prix de quelles concessions,  que de posséder un jour une Rolex et d’être un super esclave cravaté Hermès qui a « réussi ». 

Quelle réussite ? Nous qui avons vécu n’avons-nous pas compris l’essentiel ? Faut-il que nous soyons le moteur d’un effondrement encore plus douloureux ? Il est déjà bien tard, ne soyons pas des boulets. Certes, aucun miracle certain ne se dessine à l’horizon. Mais au moins ne soyons pas les freins d’une tentative de renouveau. Nous sommes des vieux cons un peu débordés et je vous dis ça avec affection. Reconnaissons-le et ne cherchons pas à retenir les élans de l’histoire.  Dans quelques années nous ne serons plus là, mais notre jeunesse, oui. 

Ce que nous aurons refusé de voir germer les privera de récolte. Pensez-y.

Salut, les copains,

Galadriel

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