Lire : Lettre d’une lectrice à l’hebdomadaire Der Spiegel

C’est le courrier d’une lectrice Allemande exaspérée par les médiamensonges de son hebdomadaire: Der Spiegel.  Nous pourrions tous en faire un copié-collé presque intégral à adresser à nos médias français. Pas sûr que ça ait le moindre effet chez nous où  les journaux sont totalement verrouillés par le pouvoir.  En dehors de qqs indépendants qui survivent grâce à leurs abonnés, l’État français est la colonne vertébrale économique de nos médias. Question démocratie, ça pose un réel problème.

Lisez cette lettre. Elle vous parlera. Ce qu’elle a de bon, c’est que beaucoup ici pourraient l’avoir rédigée.  Dans tout l’Occident, « de l’Atlantique à l’Oural »,  il y a des personnes dont les analyses rejoignent les nôtres et qui en ont plus qu’assez..

Espérons qu’un jour, ce désir de paix nous rassemblera tous.  Alors le monde changera.

Lettre d’une lectrice à l’hebdomadaire Der Spiegel

Voici la traduction d’une lettre de lectrice à l’hebdomadaire Der Spiegel, un des plus gros titre allemand dans le domaine des magazines hebdomadaires.

« Sehr geehrte Spiegel-Redaktion, »

En qualité d’abonnée de longue date au Der Spiegel (Le miroir, en français) et de ce fait cliente, qui au moins 40 fois par an, feuillète un magazine du Der Spiegel, je me sens depuis février 2014 de plus en plus étrangère [à votre ligne rédactionnelle] de votre fort bellicisme, votre russophobie ainsi que vos oublis rédactionnels sur la crise en Ukraine. C’est ainsi que je décide, à la vue du manichéisme, de la démonisation, du ton désagréable de la vulgarisation et aussi de votre méthode à présenter les faits autour de ce sujet dans votre hebdomadaire, de ne plus financer votre parution.

Toutefois il reste une lueur d’espoir, alors qu’au sommet de la promotion de la guerre par les médias, qui fut atteint par votre journal lors de la parution du scandaleux titre en couverture de votre magazine directement après le crash du vol MH-17 « Stoppt Putin jetzt » (Arrêtez Poutine maintenant), et qui suivait l’article principal « Ende der Feigheit » (fin de la lâcheté). Tout cela avait provoqué une réaction furieuse chez les lecteurs, au point que cela mena quelques mois plus tard à la fin de sa fonction en qualité de chef rédacteur pour M. Nikolaus Blome, alors responsable du journal. J’espérais alors que la mise au pas d’un organe de presse par les pro-militaristes, dans un pays où 80 % de la population est anti-militariste, allait avec cette démission nous mener à la prise en compte de cette faute médiatique dans l’analyse des faits, et donc, que ce type de rapport médiatique était une erreur [qui n’arriverait plus].

[NdT, les articles appelant plus ou moins à, « la fin de la lâcheté » de l’UE et donc à agresser en retour la Russie pour sa culpabilité dans le crash du MH-17, culpabilité d’ailleurs 1 an après toujours pas démontrée]

Comme bien des lecteurs, je me suis profondément trompée et j’en suis déçue. Le ton démagogique sembla toutefois pendant un bon moment avoir été mis en sourdine (à l’exception de la haine pathologique contre les 80% de russes qui soutiennent leur gouvernement par le jeune auteur Benjamin Bidder lors de ses interventions), mais ni le coeur extrêmement sélectif de la narrative, qui se laisse apprécier construit sur la base de rapports solides quant aux faits, ni le ton désagréable à propos d’une pays européen voisin, mélangeant mépris et démesure, n’ont fondamentalement changé.

Une nouvelle cassure civilisationnelle d’une importance incommensurable est atteinte avec votre nouvelle couverture : POUTINE ATTAQUE [en photo ci-dessus]. Ici est assis un martiale président russe dans un avion de chasse, qui comme dans un jeu vidéo semble vouloir aller s’écraser sur le lecteur. Cela doit donner des sueurs froides au lectorat, la préparation minutieuse du gouvernement russe dans son attaque du lectorat allemand par l’intermédiaire de votre journal.

Cela présente bien la teneur de l’article. (Article que j’ai lu dans mon kiosque à journaux, je ne suis pas prête à dépenser mon argent pour vous soutenir financièrement !) Il est là présenté en suggestion, que le gouvernement russe serait prêt à faire la guerre et par celle-ci à conquérir la Terre entière et que « l’Occident » doit réagir de manière massivement guerrière au lieu de regarder passivement – comme il fit un jour dans le cas de la trop passive coalition anti-Hilter. »

C’est tel un marteau ! Cette tendance pro-guerrière ! C’est une infraction contre l’Article 26 (1) de la Loi Fondamentale (la Constitution allemande, sic). La demande d’aide [à la Russie de la part de la Syrie] est passée par le Conseil des Nations-Unies et est confirmée par un accord passé avec le gouvernement légitime et souverain de Syrie (même si on aime à le juger politiquement).
Tout cela implique l’accord total du peuple, afin de mettre en place une action militaire avec la Russie, il est malvenu de se permettre d’émettre ce type de jugement contre la Russie. Ce que vous mijotez ici, selon notre Loi Fondamentale, est le pire de ce que le journalisme peut produire, c’est à dire : la suggestion, voire l’invitation à lancer une guerre.
J’espère que le procureur fédéral fera ici son travail. Car, le fait de tenter de préparer l’opinion publique à des faits de guerre par une méthode propagandiste allant contre l’intérêt de l’humanité n’est pas moins pire que sa mise en place par un pouvoir politique, et cette circonstance devrait être punie de la peine capitale contre les journalistes criminels, tel Julius Streicher, et être gravé dans le marbre.
Une telle précipitation maladive, qui a déjà attaqué auprès du lectorat votre réputation qui laissait croire que vous étiez un des phares qui éclairent la démocratie dans la République Fédérale, ne trouve plus d’explication rationnelle.
D’autant moins à la vue des commentaires de vos lecteurs, lisibles quand le thème de la Syrie était encore accessible sur votre site (en date du 13 octobre, aucun lecteur ne peut plus commenter sur le thème de la Syrie, car apparemment, les commentaires des lecteurs offrent un rapport des faits plus complets que l’article du Der Spiegel lui-même).
Vos lecteurs intéressés à la politique saluent l’intervention russe en Syrie contre le terrorisme islamiste, et espèrent une stabilisation de la région, dont la déstabilisation mènerait à de graves problèmes en Turquie mais aussi dans les Etats de l’Union Européenne.

Que ces États [européens] ici aient une part de responsabilité, à cause de leur intervention militaire dans le région (et contre l’avis du peuple syrien au contraire de l’intervention russe !) tout comme la politique désastreuse, agressive et insensée des USA dans la région Proche-Orient, qui a d’abord formé le terrorisme islamiste dans la région, avant d’en équiper militairement ses éléments (parfois volontairement, parfois par ignorance), eh bien tout cela reste ignoré [de votre journal]. Summa summarum, ce que le lecteur du Der Spiegel voit, c’est que le gouvernement d’un certain pays, contre qui Der Spiegel pousse à la guerre, tente de réparer la catastrophe politique, que leur propre alliance militaire à provoquer depuis des décennies.

Deux années entières de propagande anti-russe de la pire espèce n’ont pas permis de braquer la population allemande, qui attend toujours de ses représentants politiques une paix stable sur la base de l’état de droit prévu par la Loi Fondamentale et aussi sur l’expérience allemande de deux guerres mondiales perdues.

De leurs médias, les gens attendent une fonction de surveillance pour atteindre cet objectif, dont 82% de la population se sent responsable d’atteindre. Et de plus, dans le cas de la Russie, nous avons conscience qu’il s’agit d’un pays qui a perdu 27 millions de vies durant la guerre d’agression allemande.

Cette entrain agressif et hors de proportions des va-t-en-guerres agissant explicitement contre ce pays et provenant des médias allemands est simplement incompréhensible : par ce moyen, ce que vous préparez ici est de pousser à la haine de la Russie, et c’est simplement criminel. Plus bas encore, votre journal ne pouvait pas tomber !

Après cette publication, la seule chose restant à faire de la part de votre hebdomadaire serait d’offrir un dernier service à la démocratie en Allemagne, de montrer la liquidation de cette dernière, après le refus de prendre en compte l’avis des lecteurs et de les laisser lire des saloperies pareilles, et finalement de vous déclarer faillite.

VIA : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/lettre-d-une-lectrice-a-l-17333

Merci Gwendoline !

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