ENSEIGNANTS : « NOUS N’EN POUVONS PLUS »

Lettre ouverte, transmise par Robin Guillou, professeur de Lettres.

 

Voici un texte rédigé par des collègues. S’il vous parle, faites comme nous : diffusez ! affichez ! Envoyez à votre rectorat, notre ministre, notre président… pour qu’ils aient un retour de la « base », celle qui est réellement sur le terrain et ne se nourrit pas de statistiques...

 

Nous n’en pouvons plus.

Nous avons choisi ce métier dans l’idée de transmettre nos savoirs, d’aider les enfants à grandir, mais au quotidien, nous sommes des animateurs de centre récréatif, des conseillers d’orientation, des assistantes sociales, des psychologues, voire des psychiatres, et nos matières passent au second plan.
Notre qualité première, c’est la patience, et elle est mise à rude épreuve tous les jours ; on nous demande de comprendre. Comprendre quoi ?
Qu’un enfant qui insulte un camarade, ce n’est pas bien grave.
Qu’un élève qui ne fournit aucun travail, qui n’a pas même la décence de copier le cours, ce n’est pas bien grave.
Qu’éructer en classe, ou flanquer un coup de poing à un camarade, ce n’est pas bien grave.
Qu’un jeune se permettre d’être insolent avec un adulte, ce n’est pas bien grave. Qu’un élève crache dans le dos d’un enseignant, ce n’est pas bien grave.
Qu’un adolescent menace physiquement un adulte, ce n’est pas bien grave.
Que si ces actes sont répétés et nuisent à l’ensemble de la classe, voire de l’établissement, on n’y peut rien.
Et si nous sommes plus exigeants, que nous sanctionnons ces agissements, nous serons remis à notre place, car punir, c’est mal. Cela peut nuire à l’estime de soi des enfants. Mais quelle estime des adultes ont-ils dans ces conditions ? Quelle idée de notre monde peuvent-ils acquérir ? Et cela ne nuit-il pas à l’estime de soi des personnels que d’être désavoués et malmenés au quotidien ?
Notre rôle, aujourd’hui, est d’être des adultes patients, à l’écoute, qui passent un temps incalculable à préparer des activités ludiques pour des enfants soi-disant stressés. Car non, nous ne faisons plus cours. Nous mettons les élèves en activité. Et si certains élèves sont stressés, n’est-ce pas par cette ambiance délétère qui ne permet pas d’étudier dans de bonnes conditions ?
Où est passé le goût de l’effort ? C’est aujourd’hui un gros mot. Sauf pour les adultes des établissements. Des efforts, nous en faisons, tous les jours. Nous subissons les incivilités, l’agressivité, le manque de reconnaissance et de soutien de la société.
Sauf que nous n’en pouvons plus, et nous sommes aujourd’hui tellement épuisés et usés que nous sommes au bord du gouffre, prêts à craquer. Et si nous craquons ? Au mieux, l’indifférence. Au pire, les poursuites judiciaires pour un geste ou un mot dont certains élèves font, eux, usage au quotidien. Dans les deux cas, nous nous retrouvons rongés par le doute et le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, d’avoir failli à notre tâche et de ne pas avoir su apporter la bonne réponse face à la situation qui s’est présentée.
Nous avons une mission, celle de préparer au monde réel les générations futures dans lesquelles il faut aussi bien évidemment prendre en compte les enfants dyslexiques, les non-francophones, les perturbateurs, ceux qui ont des situations familiales et sociales désastreuses… Or, nous devrions, armés d’une cuillère en plastique pour soulever ces montagnes, les bercer d’illusions pendant toute leur scolarité ? Nous n’en pouvons plus. Nous avons besoin de moyens humains, de soutien, de considération. Actuellement, les conditions ne sont propices ni au travail des élèves, ni à celui des personnels.
Ne soyez pas surpris des difficultés grandissantes à recruter de jeunes enseignants, surveillants, CPE…

Nous n’en pouvons plus.

Source : la tribune libre d’agoravox

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