Frédéric Lordon et le Nobel d’économie : Il faut sortir de l’euro

C’est une idée qui émerge dans les médias tel un serpent de mer en fonction de son utilité dans les discours politique.. Longtemps baillonnés parce que la sortie de l’euro est essentiellement promue par le FN et le FDG, Les économistes anti-euro ont désormais voix au chapitre. Nous le savons, nous allons dans le mur… Alors, faut-il s’y préparer et quelles conséquences ?

1) Frédéric Lordon:

« On peut envisager de changer l’Europe, de faire un autre euro, un euro qui soit plus social et progressiste à la place de l’euro austéritaire. Mais j’ajoute aussitôt : cette transformation-là est UN RÊVE DE SINGE ».
[…]
Frédéric Lordon : La transformation de l’UE est impossible pour un certains nombre de raisons très très profondes. C’est-à-dire passer d’une Europe néo libérale et austéritaire présente à une Europe qui serait sociale et progressiste, sans transition. C’est pourquoi je pense que le retour aux monnaies nationales se fera, de toutes façons, du seul fait qu’émergerait même un projet de transformation de l’Euro. Et pourquoi ? C’est que l’euro actuel est un outil qui a été conçu pour donner toute satisfaction aux marchés financier. Je pourrais vous reprendre le détail des règles de politiques économiques et des agencements institutionnels un par un.

Par conséquent, tout projet de transformation significatif de l’euro ne pourrait avoir pour objet que de soustraire la monnaie européenne à l’empire de la finance et des marchés de capitaux. Ce que voyant, l’empire des marchés de capitaux déchainerait immédiatement une spéculation d’où résulterait l’éclatement de la zone euro et le retour forcé aux monnaies nationales.

Je dis que ce retour aux monnaies nationales n’est PAS normativement parlant une catastrophe, qu’il nous permettrait de recouvrer de nombreux degrés de liberté économique et politique.

L Adler : Vous êtes pour le retour à la souveraineté nationale ?

Frédéric Lordon : Oui absolument, le retour à la souveraineté nationale car je ne vois pas comment on peut contester, plus exactement le retour à la souveraineté populaire, car je ne vois pas comment on peut contester l’idée de souveraineté populaire d’un point de vue de gauche.

Et c’est pas parce que le FN ou les mouvements de droite à la droite de l’UMP ont essayé de capter — et réussi à capter semble-t-il ce thème — qu’il faut se laisser faire pour autant. Car de dépossession en dépossession, nous finirons à poil.

Qu’est ce que c’est que la souveraineté populaire ? La souveraineté populaire c’est la capacité d’une communauté politique à décider collectivement de son propre destin. C’est une idée qui nous a été léguée par les Lumières, par la Révolution Française, et je refuse le stigmate du FN et que l’on nous vole cette idée.

La souveraineté populaire d’ailleurs, c’est un petit peu plus que la souveraineté nationale, et ce serait cela la différence qu’il faudrait marquer entre les deux.

Et de même, pour l’idée de Nation. (Si j’avais su que je serais venu parler de ce thème, je serais venu avec quelques munitions.) Et en particulier avec une définition de la nationalité qui avait été donnée dans l’article 4 de la constitution de 1793, la constitution de Robespierre. C’est une définition de la Nation par la citoyenneté et c’est une définition de la Nation qui est absolument admirable. Car la Nation, si elle est une communauté finie – la souveraineté populaire ne peut s’exercer que dans le périmètre d’un territoire finie (n’en déplaisent au cosmopolitisme car on n’a pas vu encore l’ombre d’une communauté politique mondiale qui n’existe qu’en fantasme) – donc si la Nation lieu d’exercice de la souveraineté populaire est une communauté finie, elle n’est pas pour autant une communauté close. Et rien n’interdit que des étrangers prennent la nationalité française définie comme citoyenneté.

En particulier, tous les travailleurs qui sont actuellement clandestins, qui payent des impôts, leurs cotisations sociales, ces gens-là ont droit à la nationalité française, précisément parce qu’ils s’acquittent de leur devoir de citoyen le plus fondamental qui est celui du consentement fiscal, là où des Bernard Arnaud, des Jérôme Cahuzac, des Depardieu et des Johnny se baladent dans le monde comme dans un self service à passeports pour faire de l’optimisation fiscale.

Et donc voila ma redéfinition de la Nation française. Et celle-là elle ne va pas plaire au FN. B Arnaud, pas Français. Johnny, Cahuzac : pas Français ; mais tous les travailleurs clandestins qui aspirent à payer des impôts, sont français de plein droit. »

Frédéric Lordon, sur France Culture, lundi 9 décembre 2013

Extraits publiés par http://blogs.mediapart.fr/blog/brigitte-pascall

2) Christopher Pissarides, prix Nobel d’économie :

Le prix Nobel a indiqué, jeudi , retirer son soutien à l’euro en disant qu’il a crée une « génération perdue » de jeunes chômeurs et que  cette monnaie doit donc être dissoute.

Sir Christopher Pissarides qui fut l’un des promoteurs important de la monnaie unique à accuser l’euro de « diviser l’Europe » ajoutant qu’une action était désormais nécessaire pour rétablir « la confiance que les nations européennes avaient autrefois les unes envers les autres ».

S’exprimant à la London School of Economics  (LSC), où il enseigne, le professeur Pissarides souligne que « L’euro devrait soit disparaitre de manière ordonné ou que les principaux membres de la zone euro devraient faire le nécessaire et le plus rapidement possible pour rétablir la croissance et l’emploi ».

« Les politiques menées actuellement pour stabiliser l’euro sont des politiques qui coûtent beaucoup en terme d’emploi et qui génèrent une génération de jeunes gens instruits mais perdus, ce n’est pas ce que les pères fondateurs avaient promis ».

Source : The Telegraph via http://bichau.canalblog.com/archives/2013/12/17/28680631.html

ET ÇA FERAIT QUOI ?

Le coût d’une sortie de l’Euro

Auteur : Jacques Sapir, économiste

La question du coût d’une sortie de l’Euro, qu’elle soit individuelle ou concertée (scénario de la dissolution) est dorénavant posée. Le coût de sortie doit par ailleurs être comparé au coût du maintien dans la zone Euro, ainsi qu’aux avantages potentiels du retour à une flexibilité des taux de change.

Le coût du maintien dans l’Euro a été traité à de multiples reprises. Il est extrêmement élevé tant en termes de coûts directs (les différentes contributions aux différents fonds de soutien, FESF ou MES, que la France a faites et qui se montent de 15 à plus de 40 milliards d’euros) qu’en termes de coûts indirects en raison de la hausse du chômage engendrée par l’Euro1 . Les 800 000 chômeurs supplémentaires (à la date de juin 2012) qui sont induits par l’Euro coûtent approximativement 6,4 milliards d’euros par an en aides directs et induisent des coûts indirects de l’ordre de 4 milliards annuels supplémentaires. Les 500 000 chômeurs que nous sommes en train d’accumuler (de juin 2012 à juin 2013) nous coûteront au moins 6 milliards de plus au total, ce qui devrait situer à 16 milliards d’euros annuels le coût total du chômage liés à l’Euro.Par ailleurs, l’Euro provoquant un écart de 1,5% au minimum entre notre croissance factuelle et la croissance potentielle, et compte tenu du taux des prélèvements fiscaux, ce sont 13 milliards d’euros qu’il faut prélever tous les ans pour combler la part du déficit budgétaire lié à l’absence de croissance provoquée par l’Euro2. Enfin, nous avons les « niches fiscales », dont une partie (à hauteur de 50 milliards) est liée à l’absence de compétitivité induite par l’Euro. En admettant que seule la moitié de la somme indiquée puisse être récupérée en cas de dévaluation, cela porte à 25 milliards le coût de ces niches qui pourrait être récupéré si nous pouvions dévaluer.

Le total est impressionnant. En juin 2012, ce total des coûts indirects se montait à 48 milliards d’Euros (annuels) et il devrait atteindre les 54 milliards en juin 2013. Encore faut-il rappeler que ceci n’inclut pas l’argent injecté, soit directement soit comme garantie mais dans tous les cas à fonds perdus, dans le FESF ou le MES. C’est donc à cette somme d’au moins 48 milliards par an (soit 2,4% du PIB) qu’il faudrait, en toute logique comparer le coût d’une sortie de la zone Euro. Nous devrions y ajouter de 15 à 40 milliards de pertes engendrés par le FESF et le MES. On le constate, ces sommes sont très loin d’être négligeables.

I. Quels scénarii pour une sortie de l’Euro

La question des scénarii de sortie a, bien entendu, un impact important sur l’évaluation du coût. On peut ici en distinguer trois.

Le premier scénario est celui d’une sortie délibérée. La France ferait le choix politique d’abandonner la zone Euro. Ce choix prendrait nos partenaires par surprise, mais rapidement on assisterait à une dissolution de la zone. Néanmoins, cette dissolution serait chaotique, et provoquerait d’importants contentieux entre les anciens partenaires.

Le second scénario serait celui de la contagion. Après la sortie de la Grèce, puis de l’Espagne et du Portugal, la situation de la France serait tellement dégradée, tant financièrement qu’industriellement, qu’elle n’aurait pas d’autres choix que de sortir à son tour. Le prix du maintien dans une zone en voie d’explosion serait très élevé, et l’économie française sortirait très affaiblie dans cette situation. C’est hélas, la trajectoire sur laquelle nous nous sommes inscrits depuis plus d’un an.

Le troisième scénario correspond à une dissolution concertée. Les pays de la zone Euro décident de mettre fin (ou de « suspendre ») l’expérience de la monnaie unique.

Le scénario d’une sortie concertée apparaît de loin le plus intéressant, car il permettrait de maîtriser les effets d’une sortie de l’Euro. Une dissolution concertée aurait immédiatement deux conséquences : d’une part une redistribution de la carte de la compétitivité relative entre pays et d’autres part une redistribution des valeurs patrimoniales. La dissolution de la zone Euro, accompagnée d’un retour aux monnaies nationales, aurait pour effet de rendre possible des dévaluations mais aussi des réévaluations, dans l’objet d’effacer les écarts entre les niveaux des coûts salariaux réels et de permettre le rétablissement de la compétitivité des différents pays. Plusieurs estimations coexistent actuellement. La première, réalisée par un groupe d’économistes, se base sur les écarts (déficits et excédents) des balances commerciales, pondérés du poids du pays dans le PIB de la zone Euro.

Graphiques et suite de l’article sur :  http://russeurope.hypotheses.org

Et du même auteur, un article d’hier sur l’Europe : L’économie Cannibale

http://www.lesobservateurs.ch/2013/12/16/leconomie-cannibale-par-jacques-sapir/

 

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