Le crime organisé à la Maison Blanche ?

Le gendre Jared Kushner, Haut Conseiller de Donald Trump est-il un gangster lié à la mafia internationale ? Philippe Grasset analyste géopolitique du blog De Defensa,  est un monsieur sérieux, qui analyse, décortique, argumente. Si il s’est penché sur cette hypothèse développé par le journaliste essayiste américain Wayne Madsen, ce n’est sûrement pas par esprit complotiste mais plutôt parce que les arguments lui ont semblé recevables et les conclusions de son analyse sont glaçantes :

Le “crime organisée” postmoderne ne veut pas seulement “sa part du gâteau” dans ses domaines (le profit, c’est-à-dire 99% de tout pour 0,99%), il veut et, de plus en plus, il “veut d’abord” une “révolution transnationale” de type politique sinon du type métaphysique-du-Mal si cela est concevable, allant dans le sens d’une déstructuration-dissolution et d’une entropisation (schéma dd&e). Il est partie prenante en toute conscience dans la poussée surpuissante du Système, pour les buts affichés du Système (dd&e).

 

 

Présence du “crime organisé” à la Maison-Blanche

… Qu’on se rassure aussitôt : le constat hypothétique ne porte pas essentiellement sur le président Trump 2.0 (The-Donald est-il un gangster ?) mais plus simplement et droitement sur Jared Kushner, mari d’Ivanka et gendre du président. Wayne Madsen a monté tout un dossier entremêlant affaires judiciaires, crime organisé (à Wall Street et ailleurs) et “grande politique”. C’est une spécialité de Madsen, qui dispose de nombreuses sources et d’autant d’archives sur les connexions entre ces divers mondes. Dans ce cas, Madsen conclut que Kushner dispose d’une redoutable puissance, qui lui permet d’occuper désormais une place de première importance après de Trump, après avoir marginalisé de plus en plus nettement Stephen Bannon qui est manifestement son adversaire direct dans l’entourage originel de Trump. Les affaires vont vite, à Washington D.C. Madsen va jusqu’à terminer son enquête par une hypothèse, qui est ou qui n’en est pas une qui sait, sur les véritables activités du cas envisagé : il observe que Kushner, qui semble avoir une activité opiniâtre de maître-chanteur, pourrait bien tenir son beau-père par ce moyen

S’il ne convainc pas nécessairement tout le monde sur cette dernière appréciation de Kushner (par rapport à Trump), Madsen ouvre donc une perspective nouvelle : la présence du crime organisé en tant que tel au plus haut sommet de la direction des affaires à Washington D.C. Il faut avouer qu’au moins la logique de la chute et de l’effondrement est respectée puisque tous les ingrédients de la chose se trouve ainsi rassemblés. Il s’agit des principaux facteurs de la civilisation de l’américanisme, de notre contre-civilisation, qu’on trouve désormais impliqués directement et à visage découvert dans la direction centrale : le bellicisme et la folie destructrice, l’illusion de la communication et la création des fausses réalités, le capitalisme et la corruption de l’argent, enfin le crime organisé avec sa puissance financière.

On observera aussitôt pour fixer les lignes du débat que c’est loin d’être la première fois qu’une telle hypothèse est envisagée, qu’elle fut largement substantivée durant la président de Kennedy, avec à l’origine les liens du père du président avec le crime organisé durant la Prohibition. Le crime organisé (spécifiquement, Cosa Nostra [la Mafia US] des Italiens-Américains) intervint plusieurs fois et de différentes façons durant les trois années de cette présidence, et elle tient un rôle d’une grande importance dans les différentes thèses non-officielles concernant l’assassinat du président. (Jack Ruby, l’assassin de Lee Harvey Oswald, était un correspondant de Cosa Nostra à Dallas). D’une façon plus générale, Cosa Nostra joua un rôle essentiel dans toutes les affaires politico-financières autour de Cuba jusqu’à la chute de Batista et la prise de pouvoir de Castro du 1er janvier 1959, et après. Les connexions avec la CIA sont nombreuses, après l’arrivée de Castro, notamment dans les innombrables tentatives de l’éliminer.

On pourrait alors considérer que l’hypothèse Kushner/crime organisé entrant dans le circuit autour d’un Trump n’est pas si novatrice puisque le crime organisé a toujours eu des connexions avec le pouvoir politique.

Elle l’est pourtant dans la forme qui est très différente, à cause du personnage qu’est Kushner, et particulièrement son engagement globaliste (ainsi que celui de la fille de Trump, Ivanka). Les gangsters de Cosa Nostra, d’ailleurs souvent bons pères de famille et catholiques pratiquants, – avec des exceptions, par exemple le juif Meier Lansky, qui joua un rôle capital en étant le gestionnaire financier de l’empire de Cosa Nostra dans le Cuba pré-castriste, – n’avaient en général aucun intérêt ni aucune prétention de jouer un rôle d’inspirateur politique. Il se tenaient en général “socialement” séparés de la caste des “super-riches” sauf connexion plus ou moins souterraine et socialement dissimulée comme le montre justement le cas des Kennedy. Ils soutenaient en général la politique américaniste, et particulièrement l’anticommunisme, mais sans prétendre se mêler à l’élaboration de cette politique, quitte à parfois s’en faire les porte-flingues. Seuls les intéressaient les profits financiers qu’ils obtenaient dans leurs liens avec le monde politique, et la stabilité de ce pouvoir qui assurait leur propre stabilité.

Aujourd’hui, le “crime organisé”, qui mériterait des guillemets pour le différencier radicalement de son aïeul de la grande époque des Luciano et des Costello, s’institue en inspirateur d’une tendance politique fondamentale et s’appuie directement sur une connexion ouverte, affichée, presque “progressiste” des “super-riches” et des éléments classiques du crime organisé. Kushner est donc un globaliste, et s’il est dénoncé hypothétiquement comme un gangster par Madsen, il n’en est pas moins proche d’une certaine façon d’un Soros, – par le statut de “super-riche” mais aussi par l’activisme politique, et sa prétention d’être un inspirateur dans ce domaine.

…Ce qui peut aussi bien conduire à observer que Soros fait évidemment partie, lui aussi, de cette nouvelle forme de “crime organisée”, – tout comme nombre de banksters de Wall Street et du monde de la finance. Il y a là une façon de boucler la boucle d’une part, d’autre part de mieux approcher la définition fondamentale et le rôle nécessaire de la doctrine globaliste. Plus que de parler de Wall Street, des 0,001% possédant au moins tant de dizaines de $milliards de fortunes, des oligarques antipoutiniens enrichis sous Eltsine et des “petits génies” de Silicon Valley, mais aussi d’un autre côté des cartels de la drogue et des réseaux islamistes connectés aux princes saoudiens et organisant divers trafics, etc., on en vient à observer la constitution d’un “crime organisée” à l’échelle planétaire, – nécessairement puisque, justement, leur engagement politique va au globalisme.

C’est un bouleversement complet par rapport au crime organisé US du XXème siècle : leur conservatisme et leur refus de s’engager trop visiblement dans une activité qu’il jugeait réservée au monde politique, leur goût de la stabilité et de la structuration sociétale, une sorte de “patriotisme” paradoxal qui les faisait soutenir à la fois leur pays d’accueil et les liens ethniques fondés sur la tradition avec leurs pays d’origine ; contre le progressisme sociétal, l’engagement politique très marqué, le rejet de toute conception traditionaliste, l’activisme volontairement et consciemment déstructurant du “crime organisé” postmoderne.

L’hypothèse fortement substantivée de Madsen nous conduit alors à l’observation qu’il s’agit d’un élément de plus pour mesurer l’ampleur de la crise qui secoue le monde aujourd’hui, avec toutes les parties prenantes du pouvoir à visages découverts. On pourrait certes conclure de cette “visibilité” nouvelle par rapport à l’effacement et la “discrétion politique” du crime organisé au siècle dernier implique une dynamique beaucoup plus grande de cette catégorie au XXIème siècle, d’ailleurs complètement recomposée. Mais l’on a vu que l’argument principal est essentiellement que le crime organisé du XXème siècle s’estimait satisfait des politiques suivies et ne jugeait pas utile d’y intervenir directement, alors que sa puissance était considérable don son domaine.

Aujourd’hui, au contraire, – et cela devient une évidence si l’on fait entrer dans le “crime organisé” postmoderne, à côté d’un Kushner, un Soros et tous les autres mentionnés, – le “crime organisé” ne se satisfait plus de sa puissance propre, de sa place dans les structures générales du Système. Il lui faut s’affirmer sans aucun frein, et même agressivement si l’on en juge par le comportement d’un Kushner tel qu’on a pu le mesurer ces dernières semaines, pour se saisir de la politique, et cela bien que la “classe politique” lui soit entièrement acquise, elle-même entièrement alignée sur le Système, aidant évidemment à la transmutation d’un Trump 1.0 en Trump 2.0 (que Kushner lui-même a évidemment favorisée).

Suite, fin de l’article et V.O. du texte de M. Wadsen

http://www.dedefensa.org/article/presence-du-crime-organise-a-la-maison-blanche

Image à la Une : http://www.liberation.fr/planete/2016/11/03/maison-blanche-maison-de-fous_1526024

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