LE COMBAT POPULATION MALADE CONTRE ETAT POLLUEUR, OBTIENT UN PREMIER RÉSULTAT AU CANADA

Cancers à Shannon : la Santé publique réexamine le dossier

La Santé publique met sur pied un comité d’experts internationaux pour réexaminer les cas de cancer à Shannon. L’objectif de cette nouvelle étude est de déterminer si les cancers du cerveau recensés autour de la base de Valcartier sont effectivement plus nombreux qu’ailleurs au Québec.

Dans un second temps, la Santé publique devra également étudier s’il y a un lien entre la contamination de la nappe phréatique au trichloréthylène (TCE) et les cas de cancers à Shannon. Cette réouverture du dossier par la Santé publique survient alors que trois enquêtes précédentes ont déjà établi qu’il n’y avait pas de lien évident entre la contamination de l’eau au TCE à Shannon et les cas répertoriés de cancers du cerveau.

La Dre Isabelle Goupil-Sormany, médecin-conseil en santé et environnement à la Direction régionale de Santé publique, explique que l’approche des spécialistes ne sera pas la même cette fois. « Jusqu’à maintenant, on comparait les données administratives, les compilations de cancer dans les hôpitaux, avec les moyennes provinciales. Là, on va partir des données des citoyens qui ont fait une collecte depuis dix ans des cas de cancers sur le territoire », explique-t-elle.

Mme Goupil-Sormany explique que ces données n’étaient pas disponibles pour la Santé publique auparavant et qu’elles ont été obtenues par la voie des tribunaux à la suite du recours collectif intenté par des citoyens. « Ils nous ont signalé qu’il y avait une préoccupation particulière pour les cancers du cerveau. On va regarder ce type de cancers à partir de leurs données », dit-elle. Les dossiers médicaux de près de 500 personnes seront réexaminés.

Lors de l’audition de la cause en recours collectif des citoyens, la Défense nationale avait pourtant cité les études précédentes réalisées par la Santé publique pour affirmer que la contamination de l’eau ne pouvait expliquer les cas de cancers à Shannon. Même si la Défense nationale et les Industries Valcartier avaient été tenues responsables de la contamination, le juge avait conclu à un léger « trouble de voisinage » pour les citoyens. Ce recours se retrouve maintenant devant la Cour d’appel.

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a réagi jeudi matin en affirmant que la Santé publique a le devoir de faire toute la lumière dans ce dossier. « Si la Santé publique soupçonne qu’il pourrait y avoir un lien entre certains facteurs environnementaux et l’état de santé de la population de Shannon, c’est important d’aller au bout de cette enquête », a affirmé le ministre.

Étonnement des citoyens

Les citoyens de Shannon se disent de leur côté surpris de cette nouvelle démarche de la Santé publique. Devant le tribunal, ils ont entendu à plusieurs reprises des experts de la Santé publique affirmer que les cas de cancers n’étaient pas plus nombreux sur le territoire de leur municipalité.

Le Dr Claude Juneau est surpris de cette nouvelle étude de la Santé publique. Le Dr Claude Juneau est surpris de cette nouvelle étude de la Santé publique.

 

Le Dr Claude Juneau, qui a été le premier à sonner l’alarme sur les cas de cancers à Shannon, se réjouit tout de même de ce revirement. Cela prouve, selon lui, que les données colligées par les citoyens étaient valables.

« J’avais raison au début de dire qu’il y avait plus de cas de cancers à Shannon qu’ailleurs. Ils ont nié [la Santé publique] tout le temps que ce n’était pas vrai et que je voyais du cancer partout », déplore-t-il, en ajoutant que les cas de cancer du cerveau étaient mille fois plus nombreux à Shannon qu’ailleurs en Amérique du Nord.

Le comité d’experts internationaux sera formé notamment de spécialistes en santé publique, neurologie, toxicologie et oncologie. Plusieurs experts proviennent du Québec, mais aussi de la France et de la Colombie-Britannique.

Les résultats ne seront pas connus avant plusieurs mois.

Le Trichloréthylène (TCE) est un solvant utilisé dans les années 50 sur la base militaire de Valcartier pour le nettoyage du matériel militaire par la Défense nationale.