ROUNDUP : LE PESTICIDE SE FAIT SÉCHER AU PAYS DU SOJA

Roundup : le pesticide se fait sécher au pays du soja

 

Des lanceuses d’alertes argentines ont obtenu la première condamnation pénale de deux producteurs de soja OGM. Une petite révolution en terre d’élection de la multinationale Monsanto.

Correspondance. Dans son pavillon de banlieue bordé de roses, Maria semble heureuse, loin du battage médiatique qui la poursuit depuis l’issue du procès mené contre les producteurs de soja.

Sirotant son maté, elle feuillette un album photo?: «?Ce voisin-là a perdu son fils d’une triple tumeur au cerveau; cette femme a fait quinze fausses couches?; celui-ci s’est suicidé…» Depuis les années 2000, la liste de ces anecdotes alimente régulièrement la nécrologie du quartier ouvrier d’Ituzaingo.

«Quand le gouvernement de Carlos Menem a autorisé la culture d’OGM, les agriculteurs dont les champs jouxtaient nos maisons ont commencé à produire exclusivement du soja.?» La ruée sur l’or vert qui secoue alors l’Argentine va de pair avec le glyphosate, ce pesticide commercialisé sous le nom de Roundup par Monsanto.

«Au début, ça faisait marrer les gamins de voir passer les avions d’épandage, se souvient Maria. Puis les habitants ont commencé à avoir la gorge sèche, les lèvres bleutées…»

La découverte du désastre sanitaire n’a pourtant lieu qu’en 2001, lorsque Sofia, voisine de Maria, perd sa fille d’une malformation rénale. «Je remarquais de plus en plus de femmes du quartier portant des foulards, des enfants avec des masques… Petit à petit, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas de cas isolés», raconte-t-elle.

Elle entreprend alors, épaulée par un médecin, un relevé épidémiologique. « C’est au cours de ce périple que Maria m’a emboîté le pas, suivie d’une dizaine de femmes », raconte ce dernier.

Ce qu’ils découvrent surpasse leurs pronostics les plus pessimistes : « Dans les foyers les plus proches des zones d’épandage, il y avait parfois trois ou quatre cas de cancer par famille. » Au total, le collectif recense 200 cas pour 5?000 habitants. « La thèse de la coïncidence ne tenait plus. »

Rebaptisé « les mères d’Ituzaingo?», le collectif de voisines s’acharne à faire établir la contamination du quartier par les épandages toxiques. Elles obtiennent quatre rapports publics, dont les conclusions sont aussitôt occultées.

En 2004, le pédiatre Medardo Avila, adjoint à la santé de la ville, leur apporte un soutien salutaire en réclamant une expertise de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Après enquête, celle-ci classe le quartier en «?état d’urgence sanitaire?», sommant le gouvernement Kirchner de réagir.

« À l’époque, le ministère de l’Agriculture affirmait qu’on pouvait boire du Roundup sans danger », se souvient le médecin, dont le service hospitalier traite aujourd’hui près de 300 patients exposés aux pesticides. Sous le feu naissant des médias, les mères d’Ituzaingo ouvrent un débat public, jusqu’alors inexistant.

« On a profité de cette brèche pour lancer une dénonciation au pénal contre les producteurs », poursuit Medardo Avila. En 2012, malgré leurs tentatives l’intimidation, le tribunal pénal les condamne à trois ans de prison avec sursis. En Argentine, c’est une première : la toxicité des pesticides est enfin reconnue et leur épandage – à moins de 1?000 mètres des habitations?– est désormais passible de dix ans de prison.

« Mais ce n’est pas parce qu’on a gagné le prix Goldman et qu’on est reçus au Parlement européen que le dossier est clos?», jure aujourd’hui Sofia, qui planche déjà sur un futur projet de loi. Les mères d’Ituzaingo ont, en effet, du pain sur la planche : en 2012, Monsanto comptait implanter sous peu sa plus grande filiale latino-américaine d’expérimentation OGM… à la lisière de Cordoba.

 

Un article de Flora Beillouin, publié par humanite.fr et relayé par SOS-planete

 

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