L’ouragan Sandy précipite encore plus Haïti dans la détresse sanitaire et alimentaire

Une habitante de Port-au-Prince nettoie sa maison après les inondations qui ont touché Haïti, lors du passage de l'ouragan Sandy, le 25 octobre.
Alors qu’Haïti se relève difficilement du séisme qui l’a durement frappée le 12 janvier 2010, les conséquences du passage de l’ouragan Sandy ce week-end pourraient s’avérer dévastatrices pour la population dans les jours et les semaines à venir. La petite nation caribéenne enregistre déjà le triste record du bilan le plus élevé des victimes de l’ouragan, avec au moins 52 morts, 15 disparus et 19 blessés.

Pendant trois jours, Haïti a été balayée par des intempéries qui ont causé inondations, glissements de terrain et destructions de maisons. La région la plus affectée est le département de l’Ouest, incluant Port-au-Prince, qui déplore une vingtaine de morts, dont des familles entières ensevelies dans leurs maisons effondrées. Dans la capitale, les campements de fortune, qui abritent encore 370 000 victimes du séisme de 2010, ont été durement touchés. Dans le sud d’Haïti, on dénombre 18 morts.

De nombreuses plantations ont été détruites et des routes ont été coupées, isolant des villes dans les départements du Sud et du Sud-Ouest, ont indiqué les autorités. Sandy a laissé 18 000 familles supplémentaires sans abri. Les équipes de la direction de la protection civile d’Haïti, assistées d’experts internationaux, ont tout juste entamé l’évaluation des dégâts causés par les 50 centimètres de pluie enregistrés dans certaines régions du pays. Plusieurs jours seront nécessaires pour compiler les données.

LE RISQUE D’ÉPIDÉMIE DE CHOLÉRA

Les Nations unies s’inquiètent des conséquences à long terme du passage de l’ouragan, et notamment des risques liés à l’aggravation des conditions sanitaires. Depuis octobre 2010, le choléra a ainsi touché 600 000 habitants dans le pays et fait plus de 7 400 morts.

Au cours des derniers jours, les organisations humanitaires ont observé une forte augmentation de cas de choléra présumés dans sept départements, dont 86 dans les camps de réfugiés de Port-au-Prince, selon l’Organisation panaméricaine de la santé. Ce qui reste encore difficile à confirmer, car plusieurs communautés demeurent isolées et uniquement accessibles par hélicoptère.

Dans les rues de la Plaine (Haïti), le 25 octobre.

ALERTE SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Les autorités haïtiennes et les organisations humanitaires présentes sur place s’inquiètent également d’une augmentation des prix des biens de première nécessité, du fait de la destruction des plantations et des cultures de subsistance dans le tiers sud du pays. « L’économie a subi un coup sévère », a indiqué le premier ministre, Laurent Lamothe, à Reuters. « La plupart des cultures épargnées par l’ouragan Isaac [qui a frappé l’île en avril] ont été détruites par Sandy », a-t-il déploré.

La destruction des denrées alimentaires pourrait aggraver une situation déjà tendue sur le plan politique, alors que le pays a été secoué au cours des derniers mois par de violentes manifestations contre la vie chère. Une crainte exprimée par Jean Debalio Jean-Jacques, directeur du département du Sud au ministère de l’agriculture. « Tout ce que les paysans avaient – maïs, tubercules – a été dévasté. Certains avaient déjà préparé leurs champs pour les cultures d’hiver et ça a été dévasté », a-t-il déploré.

Dans la ville d’Abricots, dans le sud-ouest du pays, le maire Kechner Toussaint évoque « un désastre agricole » et prédit « une famine dans les prochains jours ». Régimes de bananes et arbres à pain, bases de l’alimentation locale, ont été totalement détruits. Dans la région de Camp-Perrin, ce sont les cultures de café qui ont été dévastées à quelques semaines de la récolte. « Le café est l’épargne des paysans », a déploré Maurice Jean-Louis, un planteur à la tête de la coopérative des planteurs de café de Camp-Perrin.

APPEL À L’AIDE INTERNATIONALE

Pour faire face à la situation, le gouvernement a annoncé l’octroi de 350 millions de gourdes (6,3 millions d’euros) pour aider les régions affectées. L’Etat et les organisations humanitaires ont commencé à distribuer de la nourriture, de l’eau et d’autres biens de première nécessité aux victimes de l’ouragan. Vendredi, le président haïtien, Michel Martelly, et le premier ministre avaient distribué des rations alimentaires et des bouteilles d’eau dans les quartiers pauvres de la capitale. « Les stocks sont à un niveau dangereusement bas. Après la tempête tropicale Isaac en août, ces stocks n’ont pas été reconstitués », a averti George Ngwa, porte-parole de OCHA, qui coordonne l’aide humanitaire en Haïti.

Un appel à l’aide internationale d’urgence a été lancé, auquel le Venezuela a déjà répondu en envoyant un bateau et un avion cargo avec de l’eau et de la nourriture.L’Union européenne a indiqué qu’elle soutiendrait les efforts de reconstruction en Haïti, ainsi que dans le reste des Caraïbes touché par l’ouragan. « L’UE se tient prête à soutenir les efforts de reconstruction. Nous continuerons également à soutenir les projets de prévention des catastrophes et de réduction des risques dans les pays vulnérables des Caraïbes et autres régions sujettes aux catastrophes », ont écrit dans un communiqué commun la haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, et la commissaire chargée de la gestion des crises, Kristalina Georgieva.

Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/10/30/l-ouragan-sandy-precipite-haiti-dans-la-detresse-sanitaire-et-alimentaire_1783347_3244.html