Éditorial : Vous n’avez encore rien vu, nous sommes qu’à la moitié du chemin

Une analyse pessimiste, peut-être parce que large et lucide, que je recommande à votre réflexion. 

Ce n’est pour moi cependant que la face émergée de l’iceberg et sûrement la plus dangereuse. Sous le niveau de l’eau, s’organise une autre société, marginale et balbutiante il y a encore 15/20 ans et que je vois prendre de plus en plus d’ampleur et qui s’organise grâce à une ouverture des consciences individuelles  Oui, le chemin sera long et peut-être douloureux encore, mais l’ombre n’a pas encore gagné.

Galadriel

Les ravages des politiques suivies depuis la crise de 2008 continuent de se propager. Aujourd’hui, c’est la Turquie. La Turquie est un maillon faible politiquement, géopolitiquement , et surtout financièrement.  La situation financière du pays est une catastrophe en attente d’arriver.

Erdogan s’est inséré dans  un jeu/rêve géopolitique qui le dépasse, mégalomane. Il veut participer au grand remodelage des néocons. Il n’en a pas les moyens , mais il en l’ambition.

Il a été obligé d’évoluer dans  une voie de plus en plus tyrannique,  de moins en moins soucieuse de démocratie et de plus en plus aventureuse. Il a divisé et archi-divisé son pays, laissé se développer la corruption, le non-droit,  à l’abri pense t- il du parapluie de l ‘OTAN et de ses amis allemands.

La tentative de coup d ‘état n’est que la partie visible  de l’iceberg de contradictions qui secoue la Turquie. La Turquie c’est de la dynamite au milieu d’ une région minée.

Tout se tient, le monde était un puzzle complexe et fragile et la voie suivie depuis la crise a tout mélangé, tout rebattu, elle a libéré les forces de dislocation, de balkanisation, d’éclatement dont le renouveau de la guerre froide, le Brexit, les attentats en France,  ou le coup d ‘état  Turc ne sont que des illustrations. Nous vous rappelons que la Turquie est à la fois candidate à l’entrée dans l’Union et une pièce maitresse de l’OTAN, ce qui signifie que l’interconnexion est étroite.

La violence, le risque politique sont la conséquence des politiques suivies, elles sont des aboutissements logiques, organiques, pas des produits du hasard. La succession des crises a un sens même si ce sens est occulté par les » dominants » afin d’exonérer leur responsabilité et d’empêcher les prises de conscience des peuples.

Le sens  c’est , la destruction de l’ordre ancien, c’est la re-fragmentation du monde et la folle tentative de certains comme les atlantistes de le réaménager à leur profit. En attendant le « Grand Gouffre », celui de la confrontation avec la Chine.

Nous sortons de plus en plus du monde global de concertation des G8, G20 et autres G30 , ou tout le monde est gagnant pour aller vers le monde de l’imperium ou seuls les plus forts s’en sortent. .. sur le dos des plus faibles ou des plus divisés. C’est d’ailleurs la même chose, au plan réduit de l’Europe, « the winner takes all ». Le gagnant rafle tout.

Notre clef de lecture est inscrite en exergue de notre site: » il n’est »de vérité que du tout ».

Cela signifie que seule une vision d’ensemble permet d’approcher le sens profond des évènements, leurs liens de cause à effets, leur logique interne de développement. Eux, les « dominants » saucissonnent, ils coupent en tranches pour vous cacher le sens  général, ils vous aveuglent avec les arbres pour que jamais vous ne voyiez la forêt. Ils vous font vivre dans  un monde d’illusions, ils détournent votre attention, ils pointent leurs médias sur vos yeux afin de vous empêcher d’élargir votre perspective. Les médias sont des obturateurs.

Face au drame, face à ce qui devrait vous faire réfléchir comme l’attentat de Nice; ils vous incitent à des rites, à chanter, à agiter des petits drapeaux et bien sur à l’essentiel à L’UNITÉ, l’unité derrière eux, cette unité qui a pour fonction de vous souder en tant que troupeau, de faire taire les voix discordantes et de les rejeter dans le marginal et le politiquement non correct. Ce qui frappe c’est l’usage des superlatifs par ces dominants, comme ils ne peuvent rien dire qui touche au vrai, alors ils enflent , ils emphatisent.

Combien  de fois avons nous entendu le fameux « absolument » ces dernières heures? On est absolument bouleversé, on condamne absolument, on est absolument terrifié, on fera absolument  tout! Tout? vraiment ? Chiche !

Ce sont des menteurs par saucissonnage. Qui hier a évoqué le lien  entre les attentats en France et les bombardements là bas en Syrie, en Irak? Qui a tracé le  fil conducteur avec les attentats qui ont encore fait plus de 400 morts en Irak? Qui ose montrer la filiation entre le chaos illégitime que nous provoquons, le désespoir et la régression et les morts de Nice? Personne !  Ils veulent faire croire que tout vient du ciel, vient de la religion, de la barbarie, de la méchanceté des hommes;  mais non tout vient de la politique irresponsable, inique, illégitime qui est suivie. La religion est un moyen de créer un front , une masse docile et fanatique, ce n’est pas une cause, il suffit de relire les discours premiers de Ben Laden, la religion est une idéologie , une abstraction qui est utilisée à des fins unifiantes  qui sont politiques,  géopolitiques, militaires. On n’a jamais dit mieux que ceci: « la religion est l’opium des peuples » et ici c’est l’opium qui les fait marcher à la violence et à la destruction.

Il n’y a pas de différence entre l’utilisation de l’idéologie fasciste dans  les années 30 pour sortir des contradictions du capitalisme et l’utilisation de l’idéologie Islamiste dans  les trente dernières années. Objectivement , nous sommes dans  la répétition, dans l’isomorphisme. Seule change la subjectivité , c’est à dire l’idée que les gens   s’en font.  Bien sur que les combattants, les kamikazes, les terroristes eux y croient, mais ce ne sont pas eux  qui fixent les tactiques, les stratégies et encore moins les buts. Lesquels sont, par exemple, et entre autres, de conduire la région au chaos afin  de sécuriser le sanctuaire saoudien et les tyrannies locales et empêchant l’émergence de forces démocratiques/nationales  plus porteuses de progrès.

Qui ose analyser l’incroyable fumisterie des occidentaux qui sont en guerre pour changer des régimes dits autoritaires  mais qui cirent les babouches -et plus si affinité- des tyrans pétroliers et surtout maintenant des  détenteurs du capital et des fonds propres du  monde entier. Les tyrans du Moyen-Orient ce ne sont plus les producteurs pétroliers en tant que tels, , mais les détenteurs du capital du système;  les Anglais en savent quelque chose, eux dont les banques  ne tiennent que par la recyclage de ce capital. Plus c’est gros et plus cela marche! Qui ose dire que le stupide et  prétentieux et arrogant Erdogan s’est pris les doigts dans  un jeu qui le dépasse , qu’il ne comprend pas et qu’il n’est qu’un pion qui sera sacrifié quand ce sera le moment. Est-ce  le moment?

Notre hypothèse de départ est qu’en 2008 le système a buté sur ses limites.

-Il a buté sur ses limites internes symbolisées par le surendettement et

-il a buté sur ses limites externes, une globalisation mal conçue, inégalitaire, déséquilibrée, conflictuelle avec trop de laissés pour compte. La globalisation a buté sur ce que l’on appelle le développement inégal.

Nous avons jour après jour montré la pourriture des produits financiers, le dysfonctionnement des marchés, la fragilité de l’appareil financier et bancaire, puis nous avons analysé la montée des tensions , l’évolution vers de moins en moins de liberté, de démocratie,  de respect des contrats, puis la montée des antagonismes géopolitiques, le délire des néo-conservateurs américains soucieux de préserver l’ordre impérial ancien, fut-ce au prix de la guerre; nous avons mis à jour la fausseté des théories, la disparition de la vérité comme catégorie et comme référence, et l’irrésistible ascension de la propagande  et du mensonge. Les peuples ont laissé les dominants se fabriquer des ennemis

Nous avons marqué d’une pierre blanche cette marche tragique en pronostiquant : « un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien… »

La marche est inéluctable, elle est dans  l’ordre des choses car les peuples, trompés , formatés,  eux même marchent vers la guerre et la haine. Les peuples s’habituent à toutes les vilénies servies par les dominants, il n’y a pas réaction de défense, de rejet, non il y a accoutumance et c’est qui nous renforce dans  nos convictions .

On suit la pente, comme dans  les années 30.

Les tentatives de dire « non », sont maladroites, primaires.  Elles s’incarnent dans les courants populistes qui n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir dans  le respect des lois et des constitutions, car les dès sont pipés par la collusion historique entre les socio- démocrates dits de gauche et ceux dits de droite. Les antidotes, les anticorps  sont par avance rejettés par les sociétés civiles, abruties, manipulées, névrosées.

Cette semaine est une triste semaine, marquée par le fait que le marché boursier mondial, le phare, le S&P 500 a inscrit un nouveau plus haut historique, ce qui est tout un symbole: le symbole d’un monde géré par et pour une élite financiarisée.

La situation est tellement grave que l’on paie pour accumuler les actifs financiers considérés comme sans risque, que l’on parle de distribuer l’argent par hélicoptère, que le Japon se lance dans  sa énième tentative suicidaire de stimulation depuis 25 ans , … Cete semaine est une étape clef dans la phase terminale  des excès qui nous emportent.

Mais vous n’avez encore rien vu. On n’est qu’à mi-chemin. 

BRUNO BERTHEZ

Source et complément à cet article :

https://brunobertez.com/2016/07/16/editorial-vous-navez-encore-rien-vu-nous-ne-sommes-qua-la-moitie-du-chemin/

Image à la une : http://rentecusa.com/plus-belles-randonnees-vosges/

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