Exclu : Les liaisons dangereuses et puantes de cette Europe qui nous gouverne

Ce que vous allez lire va vous laisser pantois. Les déclarations (officielles) de Marine Lepen, font pâle figure à côté. Je craignais que la ligne anti-islamophobie que je défend sur ce blog ne vous semble qu’un parti pris personnel, une sorte de théorie du complot axé sur ce problème. Cet article apporte hélas de l’eau à mon moulin. Voici de quoi vous convaincre qu’il s’agit d’un pourrissement au plus haut niveau. 

Un petit tour d’abord du côté du vocabulaire :

Le terme « islamophobie » s’est formé à partir du mot « islam » et du suffixe « phobie », qui dérive de phobos (φόβος), « peur », « effroi » en grec ancien. En français, le terme « phobie » qui relève du champ psychique peut signifier :

  • dans son sens le plus fort (médical) :

« Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée »

— Le Trésor de la Langue Française informatisé ;

  • de manière atténuée sur le plan du comportement psychique et émotionnel

« Aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive. »

— Le Trésor de la Langue Française informatisé.

(source : wikipédia)

Reste à savoir si c’est si « irraisonné » que ça dans le cas qui suit….

EXCLU. La lettre islamophobe du think tank IERI qui éclabousse toute l’Europe (MAJ).

Mise à jour du dimanche 25 janvier : Didier Reynders, un conseiller de Catherine Ashton, Boutros Ghali, Jacques Toubon et… Jean-Claude Juncker auraient aussi succombé au charme de Seminatore (mise à jour en gras).

Vous pensiez qu’Éric Zemmour tenait le pompon de l’islamophobie ? Accrochez-vous, ça va swinguer ! Le think tank européen IERI (Institut Européen des Relations internationales) s’est fendu cette semaine d’un papier où il présente la cohabitation entre Islam et « Occident » comme impossible et même source d’une guerre civile. Sous le  titre Islam et Occident — Deux civilisations incompatibles, ce document rédigé par Irnerio Seminatore (fondateur de l’IERI et candidat autoproclamé aux élections présidentielles italiennes(1)(2)) s’en prend à l’ensemble des musulmans d’Europe, dont la religion serait incompatible avec « l’Occident ». Ce type de raisonnement (celui du clash des civilisations ou du grand remplacement) n’a rien à envier à celui des organisations d’extrême droite ou de nouvelle droite telles qu’OCCIDENT ou le GRECE.

Mais ce qui hallucine, ce sont les relations passées et présentes revendiquées par IERI, avec des personnages de très haut vol, comme des proches de Barroso ou même le propre chef de cabinet du roi Philippe de Belgique, comme je le montre plus bas. Guy Verhofstadt, président du groupe libéral au parlement européen et candidat malheureux à la présidence de la Commission européenne, a lui-même préfacé l’un des ouvrages d’Irnerio Seminatore, Six Études sur les Équilibres internationaux, paru en 2011 (1). Le think tank organise aussi régulièrement des conférences où il invite des haut-responsables diplomatiques et… militaires. Oui, au plus haut niveau européen !

Mais voyons d’abord le contenu de ce texte, truffé de références violentes, et militaires, justement.

Mettant les pieds directement dans le plat, Seminatore commence par prendre les « attaques armées et meurtrières de Paris et celles qui se sont succédées depuis le 11 septembre » pour preuve d’une guerre ouverte entre… l’Islam (sic) et l’Occident (sic). Il fustige « les dénis » qui relèvent selon lui du « faux unanimisme de l’establishment français et européen » (Je suis Charlie ?) et mènent au « désarmement des esprits ». Il ajoute qu’il n’y a pas d’islamisme sans Islam, causalité évidente de la « guerre » en cours.

En fait, la seule conclusion que l’on peut tirer de ce brûlot, c’est qu’il faut d’urgence déporter les musulmans d’Europe, tant le président de l’IERI le trouve nocif.

Non seulement, « Islam et Occident » sont incompatibles, mais en plus, « la cohabitation civile, la tolérance inter-religieuse [sont] impossibles et suicidaires ». Oui, suicidaires ! C’est bizarre, je vis avec des musulmans depuis un demi-siècle et je n’ai jamais eu la sensation de me suicider, mais bon. Mais pour l’Italien, pas de coexistence possible, donc, puisque l’Islam en Europe est devenu « une sous-culture intransigeante et hostile […] en révolte contre notre civilisation. » Et comme si ça ne suffisait pas, le penseur en tank insiste sur le fait que partout où l’Islam prend racine, il ne vise qu’à éliminer « les autres courants de pensée », parlant « d’œcuménisme sanglant », rappelant la « secte des assassins », la « conversion par le meurtre », toujours en vigueur selon Irnieri — depuis le neuvième siècle. C’est même étonnant qu’il y ait encore un Occidental vivant, mais bon.

Une phrase résume très bien le point de vue du consultant (j’ai bien écrit « consultant » en un mot, hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit) : « L’Islam fonde sa cohabitation sur l’élimination physique de ses rivaux (djihad) ». Ainsi, la cohabitation avec l’Occident serait pour les musulmans une « trahison à lapider ou à mettre à mort » (tant qu’on ne lapide que des trahisons, je suis plutôt pour, notez…) Et de conclure son second paragraphe par une formule qui fait froid dans le dos : « Ce qui est en jeu aujourd’hui par ces attaques, c’est moins la liberté d’expression, ou la remise en cause de la tolérance, que l’existence même de l’Occident. »

Seminatore s’en prend alors à « L’immigration extra-européenne et musulmane », terreau de « meurtre » (sic) et de substitution massive (sic) de la « population européenne de souche » (sic), ce que les intellectuels d’extrême droite identitaire française appellent « le grand remplacement ». Même le spectre de l’Eurabia cher au Vlaams Belang se profile dans la pensée d’Irnieri lorsqu’il affirme que les musulmans d’Europe ne peuvent dialoguer avec les Européens, parce qu’un tel dialogue serait considéré comme « une trahison du sang et de la loi divine ». Nullement troublé par la comparaison possible entre ses divagations et celles des plus radicaux des prêcheurs antisémites d’avant-guerre, Irnerio Seminatore conclut que « toute politique multiculturelle » serait « suicidaire et illusoire », évoquant, une fois encore, une guerre entre « immigrés et indigènes ». Zemmour, sors de ce corps !

Heureusement pour son âme, le ponte se désolidarise aussi de Charlie Hebdo, dont la dérision est, selon lui « un dérapage de la liberté, une forme corrompue et conformiste […] qui conduit tout droit […] à l’aveuglement collectif, incapables de reconnaître son ennemi et de l’abattre ». Et pour clôturer cette diatribe saturée de termes guerriers, notre think tanker conclut que « l’Occident […] doit porter sa lutte hors du système de Jus Publicum […], car cette lutte est toujours décidée […] dans le domaine originel du terrible et du sang, de la loi biblique et de la vengeance de Dieu ». Badaboum !

Bon, s’il s’agissait d’un délire ponctuel d’un quidam inconnu, ce ne serait pas encore bien grave. Il y a des fous partout. Mais le problème de ce discours, qui pourrait servir d’examen d’entrée au Front national, au Vlaams Belang ou au PVV de Geert Wilders, c’est que IERI a pignon sur rue et collabore avec de nombreuses personnalités, y compris des fonctionnaires et des directeurs européens.

Car sous le nom rutilant d’Institut européen des Relations internationales, IERI organise régulièrement des conférences, notamment dans des locaux officiels de l’Union européenne, comme l’Info Point Europe, où se tenait en mai 2014 un forum « sécurité-coopération Union européenne — Asie centrale ». Parmi les participants, outre un ambassadeur ouzbek et un chef de mission adjoint de l’ambassade afghane en Belgique, on notait la présence de Pierre-Émmanuel Thomann, chercheur à l’Institut français de Géopolitique de l’Université Paris VIII.

Un nom parmi beaucoup d’autres : le site d’IERI annonce avoir pour collaborateurs réguliers des gens comme

Baudouin de Sonis, consultant auprès de la Commission européenne ;

Hubert Fabre, docteur en droit de l’université Paris-Sud et cofondateur de la fondation EurActivPolitech ou encore,

un haut-fonctionnaire wallon, Thierry Lenfant, représentant du Secrétariat Général du Ministère Wallon de l’Équipement et des Transports.

Le comité académique et scientifique du think tank est encore plus chic puisqu’il compterait dans ses rangs (toujours selon le site IERI),

Dusan Sidjanski, conseiller politique de José Manuel Barroso,

Sandro Gozi, qui fut conseiller de Romano Prodi,

Giancarlo Chevallard, directeur de la Commission européenne, ainsi qu’

Éric Philippart, professeur à l’ULB et au Collège de l’Europe de Bruges.

Domenico Rossetti di Valdalbero, conseiller scientifique à la Commission européenne, un conseiller culturel honoraire du Parlement européen, l’attachée de la Maison de l’Entreprise wallonne auprès de l’Europe, des consultants, des anciens ambassadeurs, des banquiers, un responsable financier d’Eurocontrol, des profs d’université lillois, parisiens, louvanistes etc.

Parmi les conférenciers invités précédemment par le « lobby », on remarque, parmi énormément d’autres, quelques Belges et non des moindres, comme

Jean-François Raskin, alors vice-président du Conseil d’Administration de la RTBF (2011), François de Kerkhove d’Exaerde, directeur de cabinet au ministère belge des Affaires étrangères ou même — excusez du peu,

Frans van Daele, chef de Cabinet du roi Philippe de Belgique, et ancien chef de cabinet de président du Conseil européen,

Herman Van Rompuy.

Mais le nom qui fait le plus frémir est celui de Wolfgang Wosolsobe, le lieutenant-général et patron de… l’État-major européen, invité d’une conférence de l’IERI (voir la photo d’illustration où il est à côté de ce cher Irniero, comme disent les djihadistes) en décembre 2013. 

L’Academia Diplomatica Europaea, chapeautée par l’IERI, n’est pas en reste. Son prestige (fantasmé ou non) se mesure à l’aune de l’annonce de la présence lors de l’ouverture de l’année académique 2008-2009 (in tempore non suspecto) de l’ex-ministre français de la Culture et ex-Garde des Sceaux Jacques Toubon qui doit y perdre son latin ;

Robert Cooper, qui deviendra plus tard conseiller de Catherine Ashton et doit se faire tout mini (Cooper) à présent ;

le Général Reinhardt TRISCHAK, de l’état major de l’UE qui n’a pas eu un flair de reinhardt pour l’occasion ;

l’amiral Michael Glenn MULLEN, représentant des USA auprès de l’OTAN qui doit swinguer comme un autre Glenn,  Miller, à se rappeler cette journée ;

le célèbre Pascal Boniface, de l’Institut d’Études européennes qui se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère,

l’admirable Élie Barnavi, pour une fois égaré,  

Frans Van Daele (on en reparle), qui s’apprêtait à devenir chef de cabinet d’Herman Van Rompuy,

l’ancien premier ministre polonais Jerzy Buzek, busé pour l’occasion,

le déjà ancien secrétaire général de l’ONU Boutros-Boutros Ghali,

la commissaire européenne Viviane Reding,

feu l’ex-premier ministre belge et député européen Jean-Luc Dehaene — un moment pressenti comme président de la Commission européenne —

les ministres belges Karel Van Miert et Didier Reynders (actuellement ministre des Affaires étrangères) et,

last but not least : Jean-Claude Juncker, actuel président de la Commission européenne,

ont donc tous donné quelques lettres de noblesse à monsieur Seminatore. Le document ne dit pas qui est réellement venu et qui s’est porté pâle…

Pour se détendre, après ce panel un rien effrayant, il faut lire la page « partenaires » du site de l’IERI.

Celui-ci s’y revendique de dizaines de « partenaires », parmi lesquels l’on remarquera sans doute la Commission Européenne, le Conseil et le Parlement Européen, les Nations Unies, ou encore — pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? — l’OTAN.

Ajoutons à cela quelques think tanks et non des moindres, puisque IERI se prétend partenaire de la prestigieuse Konrad Adenauer Stiftung, proche du CDU d’Angela Merkel ou l’Institut français des Relations internationales (IFRI), parmi les plus influents au monde.

À cela s’ajoutent les missions diplomatiques des USA, de Russie, de la Chine, les représentations permanentes de la France ou de la Belgique auprès de l’UE sans compter des dizaines d’universités, dont l’ULB, l’UCL, l’ULG, Paris I, III, VII, VIII, XI, ou encore l’Université Ben Gourion de Jérusalem.

Les représentations régionales ne sont pas oubliées : celles du Tyrol, du Trentin, de Vénétie, du Piémont, et des villes de Bruxelles, Pékin, Paris, Rome ou Turin sont fièrement reprises aussi.

Certains s’effraieront d’être cités sur le site de l’IERI, surtout après le papier publié la semaine passée par Seminatore. Et d’autres tomberont des nues. Le site est en effet mis à jour à peu près tous les mille ans, probablement au même rythme que les guerres de civilisations.

Ainsi, Télé Bruxelles, la chaîne où je chronique fièrement le samedi dans Les Experts, est aussi citée parmi les « partenaires ». Un journaliste de la chaîne a en effet participé à certaines activités de l’Institut, in tempore non suspecto : il a quitté Télé Bruxelles en 2006 ! En fait, la direction n’avait même jamais entendu parler d’IERI. Après être tombée de sa chaise quand je lui ai signalé ce soi-disant « partenariat », elle a demandé le retrait immédiat de toute référence. D’autant que l’équipe de Télé Bruxelles est sur le pont depuis plusieurs mois pour soutenir exactement l’opposé de ce que préconise l’IERI, à savoir le dialogue multiculturel, le vivre ensemble, et le débat humain.

Nul doute que Guy Verhofstadt, très en pointe aussi contre la pensée identitaire, ou Nicole Fontaine (ancienne présidente du Parlement européen) demanderont de même à ce que leurs noms soient retirés du site désormais sulfureux (pour la préface du livre, c’est hélas trop tard), les deux y étant cités comme hauts patrons des cycles de conférences du think tank. Et nul doute que tous les grands noms précités seront aujourd’hui effrayés par le discours du boss de l’organisation et se désolidariseront du texte publié par Irnerio Serminatore.

Mettons qu’avant de s’associer officiellement à des think tanks qui prétendent analyser le monde et mieux comprendre les enjeux internationaux, ils y réfléchiront à deux fois. Mais je suis bon prince : toute personne citée ci-dessus peut utiliser les commentaires pour me faire parvenir ses remarques ou me les envoyer par email (marcelsel (at) gmail (dot) com). Je les insérerai volontiers en fin d’article. Je pense particulièrement à Frans Van Daele, le chef de cabinet de notre bon roi. Parce que, tout de même : être associé à une telle vision des relations entre Islam et « Occident » doit faire mauvais genre au moment où le roi Philippe se promène à l’enterrement d’un grand féministe (si l’on en croit Christine Lagarde) : le roi Abdallah d’Arabie saoudite.

À ceux qui trouvent que la patronne du FMI insulte le féminisme en lui associant le roi des barbus, je rétorque qu’une source absolument sûre (mais voilée) m’indique qu’il aurait autorisé les femmes à voyager sur le siège passager des automobiles. Avant, on les mettait dans le coffre. Comme quoi même l’islam le plus rétrograde, loin d’Europe, peut avancer. On attend juste qu’il passe la deuxième vitesse.

(1) info relevée par Ricardo Guttierez
(2) le choix des candidats se fait au sein des partis italiens, se déclarer candidat comme l’a fait Irnerio Seminatore n’a donc aucun sens. Merci à Davide Denti (@davidedenti) pour l’information qui met en lumière l’imposture de l’individu.

http://blog.marcelsel.com/2015/01/24/exclu-la-lettre-islamophobe-du-think-tank-ieri-qui-eclabousse-toute-leurope/

Je voudrais juste ajouter à cet article le commentaire d’un anonyme, manifestement musulman, dans un débat sur les caricatures de Charlie Hebdo. Je crois qu’il reflète assez bien le ressenti général des musulmans français, et qu’il mérite réflexion :

moi je ne comprends pas pourquoi tu fais semblant de ne pas comprendre. Ce n’est pas la critique constructive d’une religion mais une insulte, une humiliation, une injure publique d’une religion qu’on ne veut pas respecter comme les autres. Si tu croyais que le Père Noel existait, je ne sais pas si tu serai heureux que tous les jours, les gens te manquent de respect et tournent en dérision ta croyance, même si cette dernière pourrait sembler drôle ou ridicule. L’idée, c’est que le problème c’est pas ce que vous pouvez pensé de notre croyance. Si vous n’êtes pas musulman, alors forcément, vous n’adhérez pas à notre croyance, mais ne pas y adhérer ce n’est pas la même chose que ne pas la respecter. Il y a un monde entre les deux. On ne veux pas vous forcer à aimer notre religion mais juste respecter notre croyance, quel que soit l’avis que vous portez sur elle.

EST-CE EFFECTIVEMENT TROP DEMANDER ?

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